Le plan Internet Départemental de la Vienne

 « En 1986, nous avons pris en charge les collèges et avons mis en place le plan imaginatique de grande envergure à l'échelle de tous les collèges avec antennes paraboliques, informatique, magnétoscopes, laboratoires de langues, etc. Tout ce qui pouvait exister sur le marché, les collèges l'ont eu.
M. Monory décida alors d'aller encore plus loin en mettant en place un plan de déploiement envers toutes les écoles tout en maintenant son effort à destination des collèges. On a toujours continué, toujours rajouté de l'argent, près de 120 millions de francs depuis 1983.»

Entretiens del'auteur avec Patrick Pichon  Responsable de la Direction à l’Education du Conseil Général de la Vienne 2001

 

Ayant quitté le ministère de l’éducation nationale qu’il occupa de 1986 à 1988, René Monory décide alors de mener à bien de nouvelles actions dans le département de la Vienne :

« Ministre au chômage dès 1988, j'ai persévéré dans mon projet en le mettant en œuvre dans le département de la Vienne. Deux axes principaux ont guidé mon action : généraliser les nouvelles technologies de l'information et de la communication dans les établissements scolaires, soutenir l’enseignement supérieur et la recherche pour en faire un vecteur de développement économique et territorial.
Premier chantier : les NTIC. En 1989, 50 % des écoles du département étaient équipées d'un ordinateur au moins. Aujourd'hui (2004), 80 % des établissements, y compris les maternelles, sont équipés. La même année, le conseil général décidait d'équiper toutes les écoles d'une antenne parabolique pour leur permettre de se brancher, via le téléport du Futuroscope, sur le monde, d'échanger avec des spécialistes étrangers, de dialoguer avec d'autres classes. L'interactivité, la possibilité de dialoguer en temps réel avec un professeur, un chef d'entreprise, un artiste installé à l'autre bout de la planète n'étonne plus les enfants de la Vienne. »

MONORY René, La volonté d’agir, Paris, Odile Jacob, 2004

 

La période 1989-1996 vit donc la mise en place du « Second Plan Informatique à l’Ecole ».

 Entre 1989 et 1996, le département de la Vienne engagea le « Plan Imaginatique Collèges», équipant 45 collèges publics et privés de matériels faisant appel à la vidéo, l’informatique, la télématique, la robotique ; le  « Plan Départemental d’Antennes paraboliques » destiné à bénéficier de transmissions en direct de conférences interactives ayant lieu au C.N.E.D. de Poitiers, par un relais satellite, via le Téléport du Futuroscope ; les Plans d’Equipement Informatique déployant 1000 ordinateurs et 135 imprimantes dans les collèges avec un minimum de 22 micros PC par établissement.

 Mentionnons également le Plan câblage, les Plans Langues, Logiciels, Télécopie ainsi que le plan d’équipement informatique et multimédias des Centres de Documentation et d’Information des collèges.

 De plus, de nombreux projets pédagogiques présentés par les établissements furent également financés chaque année.

 Ce second plan mené par le Conseil Général intégra à nouveau le fait que, comme par le passé, la formation préalable des maîtres, cofinancée par le Département et l’Etat, était une condition utile et nécessaire à la réussite de l’action.

 Dés les premiers plans de 1983, en effet, le déploiement du matériel ne s’était pas effectué sans une formation concomitante des principaux utilisateurs du matériel fourni, en l’occurrence, les enseignants du département. René Monory nous rappelle d’ailleurs que dés 1983, « nous avions défini trois conditions à la réussite de notre « plan informatique à l'école » : disposer de l'accord des maires qui devaient financer 50 % de l'équipement, placer les ordinateurs en libre accès en dehors des heures de classe, élaborer un plan de formation des instituteurs. Au début, les instituteurs, qui se sentaient mis en cause par l'outil, hésitèrent à suivre les formations financées par le conseil général et animées par l'inspection d'académie. »

 La « culture informatique » prenait subrepticement toute son ampleur dans le département en général et dans les établissements scolaires en particulier.

 « Pour la mise en oeuvre, il fallait initier les enseignants. C'est le département qui prit en charge les heures de formation. Nous étions au tout début des années 80, en 1982 je crois. C'est dire ma surprise lorsqu'un collègue président du conseil général d'un département alpin se flattait récemment d'avoir, à la fin des années 90, informatisé ses écoles, je rappelais alors à l'ensemble de nos collègues la date à laquelle la Vienne avait créé l'informatisation de ses écoles et de ses services. » GRANDON Jacques, René Monory, Un homme, une œuvre, Poitiers, Michel Fontaine Editeur, 2002

 Ce plan coïncida avec la prise de pouvoir définitive de l’univers du PC dans l’informatique personnelle, rendant d’ailleurs totalement caduques la quasi-totalité des équipements issus du Plan national Informatique Pour Tous de 1985. Seules quelques multiprises furent recyclées. Les antiques Thomson MO5, TO7, les « têtes de nano-réseau» et les cartouches LOGO, matériel souvent inscrit à l’inventaire des communes, hantèrent de longues années les placards, voire les caves et greniers des écoles …

 Dans la période 1989/1996 ce second plan informatique permit d’équiper environ 90 % des écoles primaires de plus de deux ordinateurs en moyenne pour chacune d’entre elles, soit un total de 600 machines.

L’ambition déclarée du dispositif était que chaque élève, tout au long de sa scolarité,  dispose d’un accès aux technologies de l’information et de la communication, perçues comme instrument de transformation et d’amélioration des pratiques éducatives.

 Les motivations affichées de ce plan se situaient aux carrefours des impératifs techniques, de la compétitivité économique et technologique et de l’enseignement. Une familiarisation dès le plus jeune âge avec un outil qui semblait s’imposer aussi bien dans l’univers professionnel, qu’universitaire ou administratif pouvait permettre à terme de créer un bassin de main d’œuvre rompu à l’utilisation des nouvelles technologies et ainsi favoriser l’implantation de nombreuses entreprises du secteur tertiaire, attirées par le Futuroscope et son aire, navire amiral des Nouvelles Technologies dans le département.

 « Riche de ces premières expériences alors que j'étais aux commandes de la rue de Grenelle en 1987, l'ordinateur ne m'apparaissait évidemment pas comme une fin en soi, encore moins un objet d'enseignement. Il ne s'agissait pas d'équiper les écoles en ordinateurs pour faire chic et moderne. Il fallait d'abord réfléchir aux objectifs pédagogiques, donc aux contenus. Car l'informatique est davantage qu'un simple outil. Il permet d'acquérir de manière autonome, chacun à son rythme, des enseignements théoriques tout en développant son sens de l'action, de la déduction, de la quête, bref sa propre capacité d'adaptation. »

MONORY René, La volonté d’agir, Paris, Odile Jacob, 2004

 

En Juin 1997, le Conseil Général de la Vienne décida de la mise en place d’une première phase d’un « Plan Internet Départemental.»

Durant cette première phase, plus de 800 machines furent livrées entre Septembre 1997 et Janvier 1998.  Le département de la Vienne dota ses 460 écoles, publiques (421) et privées, d’un ordinateur Pentium 200 MMX, d’une imprimante couleur à jet d’encre et créa cinq Centres de Ressources, répartis géographiquement dans le département sur les communes de Montmorillon, Poitiers, Loudun, Châtellerault et Vivonne.

 Le Conseil Général, décida alors en Avril 1998 de déclencher une seconde phase de son plan d’informatisation des collèges et des écoles.

 La partie du plan à destination des écoles permit l’acquisition de plus de 800 machines supplémentaires s’accompagnant de la fourniture de logiciels pédagogiques pour les différents niveaux d’enseignement, d’expérimentations de téléchargement satellitaire via la chaîne TV « La Cinq», d’amélioration des serveurs d’hébergement et de la poursuite du Plan Informatique à l’Ecole, permettant un cofinancement à hauteur de 50% pour du matériel informatique à destination des écoles.

Un sixième Centre de Ressources Informatique fut créé et équipé à Civray, dans le sud du département.

 Parallèlement les 45 collèges disposèrent d’un complément de dotation et d’un équipement de visioconférence.

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