Début 1999, le Conseil Général de la Vienne décréta une troisième phase d’équipements.

 Ce plan très ambitieux prévoyait la mise à disposition d’un ordinateur pour 10 élèves, se traduisant par l’acquisition de 1500 ordinateurs supplémentaires pour les écoles et de 900 ordinateurs supplémentaires pour les collèges, et la connexion de  l’ensemble du parc à Internet, en mettant en place des réseaux locaux dans toutes les établissements scolaires. Ce plan s’étendait à toutes les classes de l’élémentaire mais aussi aux classes de grande section d’école maternelle.

Ce déploiement fut très important sur le plan quantitatif et dépassa largement l’ensemble des déploiements précédents, même si ceux du début des années 80 furent de grande ampleur.
Certaines écoles de taille importante reçurent prés d’une vingtaine d’ordinateurs de type PC Pentium II, de logiciels à vocation pédagogique, de plusieurs imprimantes couleur à jet d’encre. Afin de déterminer le nombre de machines affectées par établissement, on se fixa aux effectifs communiqués au Ministère de l’Education Nationale en Juillet 1998

Comme les objectifs fixés prévoyaient que toutes les machines d’une même école puissent se connecter à Internet sans multiplier les lignes et abonnements téléphoniques, il fallut câbler l’ensemble des bâtiments des établissements scolaires du département.

Les technologies sans fil n’existaient pas et des kilomètres de câble furent passés dans des gaines, des goulottes murales, des faux plafonds, des caves obscures, sous des préaux, des cours d’école …

La direction à l’éducation du Conseil Général prit en charge l’expertise de l’implantation du réseau local de l’école, fournissant le câble, les équipements nécessaires et assurant même la connexion aux boîtiers muraux, une fois les câbles tirés sous la responsabilité et aux frais de la commune. Cette expertise s’effectuait généralement en présence d’un membre du Conseil Général, du maire ou de l’un de ses adjoints et de l’animateur du Centre de Ressources de l’Inspection Académique, chargé d’apporter son expérience dans le domaine de l’éducation et dans l’intégration de l’informatique dans la pratique pédagogique quotidienne de la classe.

 Conjointement aux actions menées directement en direction des écoles, le Conseil Général avait, en effet, créé six centres de ressources répartis sur le département, dédiés à la formation des enseignants.

« Pour aider les enseignants à se former, à s'emparer de ces outils nouveaux, nous avons fait preuve d'inventivité. En collaboration étroite avec l'inspection d'académie, six centres de ressources équipés par le département ont été créés. Animés par des instituteurs détachés, ils forment leurs collègues le soir et le mercredi, interviennent dans les écoles ... »

MONORY René, La volonté d’agir, Paris, Odile Jacob, 2004

 Ces vagues de déploiement successifs nécessitèrent d’importantes ressources financières, logistiques, intellectuelles. Il fallut évaluer, mesurer, étudier, choisir et déployer de façon équitable dans chaque école, dans chaque commune. Les dotations en matériel furent d’ailleurs dûment décrites, s’appuyant sur des enquêtes d’effectifs nationales avec des règles claires. Aucun favoritisme n’eut lieu ; ni l’éloignement de Poitiers ou des villes du département, ni la sensibilité politique des élus, ni les difficultés techniques rencontrées ne modifièrent l’attitude des acteurs du dispositif dans ces processus d’informatisation à l’échelle d’un département de 6990 km comprenant plus de 400 000 habitants.

 Cet élan vers un futur présupposé ne se limita d’ailleurs pas aux seuls établissements scolaires et universitaires mais s’adressait également aux mairies par le biais d’un syndicat intercommunal, Vienne Services, aux citoyens désirant se former aux nouvelles technologies grâce à Vienne Informatique, organisme associatif chargé d’aider à la création, à la fédération et à la dynamisation des clubs informatiques du département.

 En complément de ces dotations les municipalités pouvaient à tout moment acquérir du matériel cofinancé par le conseil général à hauteur de 50% par le biais du « Plan départemental d’Equipement ». Une liste, présente et réactualisée sur Internet, permettait à chacun de choisir le matériel en fonction de ses besoins spécifiques, en complément des plans d’équipement préalablement décrits. Les tarifs du matériel, intégrant une maintenance totale sur site pendant trois ans, étaient fournis et régulièrement réactualisés, le plus souvent à la baisse.

 Le projet pédagogique se devait d’être à l’origine de la dotation en matériel cofinancé. Réalisé par les enseignants de l’école, il était transmis à l’Inspecteur de l’Education Nationale, responsable de l’école, à des fins de validation sur le plan pédagogique. Le détail nous est d’ailleurs fourni dés 2000 sur le site pédagogique de l’Inspection académique de la Vienne :

 « Le mode de financement reste inchangé : 50% du coût du projet à la charge de la Commune et 50% subventionnés par le Conseil Général.

La mise en œuvre du projet se déroule de la manière suivante :

    . élaboration du projet soit par l'équipe d'école, soit par un ou plusieurs enseignants
    . soumission à la mairie de la liste du matériel nécessaire
    . accord de la municipalité pour le financement (délibération du conseil municipal qui transmet au Conseil Général avec la liste jointe)
    . validation du projet par l'Inspecteur de l'Éducation Nationale
    . validation financière par le Conseil Général et retour du bon de commande à la mairie pour signature.

Le budget des projets pris en compte doit être supérieur à 1 500 Frs. »

Extrait du site A l’école : http://alecole.vienneinfo.org/reseau/cadresomres5.htm (2002)

 

« Il fallait valoriser la Vienne, département oublié et inverser l'image de ce territoire marqué par sa ruralité. […] René Monory était frappé de ce que, lorsqu'on évoquait Poitiers, cela ne disait rien d'autre dans la mémoire collective que la date de 732 : Charles Martel ! Cela alors que Poitiers disposait d'une université célèbre à travers les âges puisque quasi contemporaine de La Sorbonne, d'un patrimoine monumental exceptionnel et de quelques industries de pointe...
Il était urgent d'inverser le courant. Niant tout fatalisme historique, René Monory entreprit de donner de son département une image nettement orientée vers le futur en termes de connaissances et de communication. Ce sera la création du Futuroscope avec sa triple destination : formation, travail et loisirs.»

GRANDON Jacques, René Monory, Un homme, une œuvre, Poitiers, Michel Fontaine Editeur, 2002

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